40 ans du Centre homéopathique du Québec : une histoire à célébrer

Je fais la connaissance d’un homéopathe indien, Diwan Ramesh Chand, installé au Canada après avoir pratiqué l’homéopathie pendant près de cinquante ans en Inde.
Il apprend que je donne des cours. Il vient me rencontrer. Et il m’enseigne énormément.
Je me souviens encore avec tendresse de notre premier cours donné ensemble à une douzaine d’étudiants anglophones.
Je parle d’un remède pendant quelques minutes. J’ai alors à peine deux années d’expérience.
Puis cet homme, qui possède derrière lui un demi-siècle de pratique, se lève et dit avec une élégance que je n’ai jamais oubliée :
« Si mon jeune collègue me le permet, j’aimerais ajouter quelques informations… »
J’en souris encore aujourd’hui.
C’était cela aussi, le début de cette aventure : rencontrer des gens qui avaient quelque chose à transmettre… et avoir suffisamment d’humilité pour accepter de recevoir.
Puis le monde s’est ouvert
Quelques années plus tard, en France, une nouvelle rencontre allait changer les choses : celle du Dr Didier Grandgeorge.

Il accepte de venir enseigner à Montréal. Plus de cent étudiants assistent à son premier séminaire.
Il reviendra à plusieurs reprises et, à chacun de ses passages, je vois grandir l’enthousiasme et la passion des étudiants québécois.
Puis arrive 1995. Nous organisons à Montréal notre premier Congrès international d’homéopathie. Des homéopathes de plusieurs pays viennent partager leurs connaissances.
Plus de 250 personnes participent à l’événement présenté à l’Université de Montréal. Les télévisions viennent faire des reportages.
Un deuxième congrès suivra en 1997, avec des conférenciers du Costa Rica, des États-Unis, de Moldavie, de Roumanie, de France, de Belgique et du Canada.
L’école compte alors près de 140 étudiants.
Et le voyage continue…
Des laboratoires homéopathiques m’invitent à enseigner à travers le Québec et ailleurs au Canada.
Puis viennent les nombreux voyages en France.
Le Maroc, grâce à ma rencontre avec Isabelle Rossi et l’Association pour la promotion de l’homéopathie.

Et un jour, une autre rencontre improbable m’amène encore beaucoup plus loin.
La Corée du Sud.
Mon intérêt pour l’accompagnement homéopathique des enfants autistes me conduit à rencontrer Jiyoung Kim.
Suivront de nombreux voyages en Corée du Sud, des conférences, des consultations et, surtout, des centaines de rencontres avec des enfants et leurs parents.

Des visages que je n’ai pas oubliés. Des histoires qui m’ont touché.
Des familles qui m’ont fait confiance et qui, bien souvent sans le savoir, m’ont appris autant que j’ai pu leur transmettre.
Lorsque je repense au petit groupe de huit étudiants de septembre 1986, je ne peux m’empêcher de sourire.
Comment aurais-je pu imaginer tout cela?
Mais une école n’est jamais faite de murs
Avec le temps, j’ai compris quelque chose d’essentiel. Une école n’est pas un bâtiment. Ce n’est même pas, au fond, un programme de cours.
Une école est faite de personnes.
Et lorsque je pense aux quarante années du Centre homéopathique du Québec, ce ne sont pas d’abord des dates que je vois.
Je vois des visages.
Je pense à Diane, Danielle, Céline… et à tant d’autres qui se reconnaîtront.
Je pense à toutes celles et à tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont donné de leur temps, de leur énergie et surtout beaucoup de leur cœur pour faire vivre cette école.
Mais je pense également aux centaines et aux centaines d’étudiants et d’étudiantes que j’ai vus passer.
Certains sont restés quelques mois. D’autres quelques années. D’autres encore sont devenus des amis.
Je me souviens de leurs questions, de leurs doutes, de leurs découvertes, de leur enthousiasme lorsqu’un remède jusque-là un peu abstrait prenait soudainement vie devant eux.
Et derrière tous ces visages, j’ai souvent retrouvé quelque chose qui m’a profondément touché :
Le désir de comprendre pour pouvoir aider. Apprendre non pas simplement pour savoir davantage… mais pour soulager une douleur. Pour accompagner une personne. Pour diminuer une souffrance. Pour redonner un peu d’espoir.
Et lorsque je pense à cela aujourd’hui, je me dis que derrière toutes ces années d’enseignement, il y avait peut-être quelque chose de beaucoup plus important que l’homéopathie elle-même :
il y avait la compassion au fond de l’âme.
Et peut-être est-ce cela, finalement, la plus belle réussite du Centre homéopathique du Québec.
Six livres… et des milliers de pages plus tard
Ce voyage m’aura également conduit à écrire.
Un premier livre. Puis un deuxième. Puis d’autres encore.
Six livres sont ainsi nés au fil des années, et un septième paraîtra en septembre 2026.

Mais lorsque je les regarde aujourd’hui, je ne vois pas seulement des livres.
J’y vois les traces du voyage.
Les questions que je me suis posées.
Les patients que j’ai rencontrés.
Les étudiants qui m’ont obligé à réfléchir davantage.
Les enseignants qui m’ont généreusement transmis leur savoir.
Les erreurs qui m’ont obligé à chercher.
Et les découvertes qui, après toutes ces années, continuent encore de m’émerveiller.
Car enseigner pendant quarante ans m’a appris une chose essentielle :
celui qui enseigne continue lui aussi d’apprendre.
Et puis, quelque chose a changé…
Au début de ce voyage, je voulais surtout comprendre l’homéopathie.
Comprendre les remèdes. Comprendre les symptômes. Comprendre pourquoi une personne tombait malade et comment nous pouvions l’aider.
Mais avec les années, mes questions ont changé. Elles sont devenues plus vastes.
Qu’est-ce que la santé?
Et surtout : Qu’est-ce qu’un être humain?
Petit à petit, j’ai compris que nous ne sommes pas simplement un corps physique que l’on pourrait réparer comme une machine.
Nous sommes un corps, bien sûr. Mais nous sommes également des émotions. Des pensées. Une histoire. Des relations. Des blessures. Des rêves.
Et peut-être aussi cette dimension plus mystérieuse que certains appellent l’âme.
Toutes ces dimensions se parlent. Elles s’influencent. Elles sont intimement liées.
Et la santé pourrait bien être, en grande partie, le reflet de la relation que nous entretenons avec notre environnement…
mais aussi de la relation que nous entretenons avec nous-mêmes.
Quarante ans plus tard…
Je pensais avoir choisi l’homéopathie.
Aujourd’hui, je me demande parfois si ce n’est pas l’homéopathie qui m’a choisi.
Elle m’a fait voyager. Elle m’a permis de rencontrer des personnes que je n’aurais jamais rencontrées autrement.
Elle m’a conduit au Québec, ailleurs au Canada, aux États-Unis, en Europe, au Maroc, en Corée du Sud et dans bien d’autres endroits.

Mais le plus grand voyage n’a peut-être jamais nécessité de prendre l’avion.
Car l’homéopathie m’a surtout conduit à voyager à l’intérieur de l’être humain.
À chercher ce qui se cache derrière un symptôme. Derrière une peur. Derrière une colère. Derrière un silence.
À essayer de découvrir l’histoire particulière de la personne qui se trouve devant moi.
Et quelquefois… à mieux comprendre ma propre histoire.
Alors, que reste-t-il après 40 ans?
Un mot me vient immédiatement.
Merci.
Merci à ceux qui m’ont enseigné. Merci à ceux qui m’ont fait confiance. Merci à ceux qui ont travaillé à mes côtés. Merci aux étudiants qui, année après année, ont continué à faire vivre cette école.
Merci aux patients et aux familles qui m’ont ouvert une petite fenêtre sur leur vie.
Merci à tous ceux et celles qui ont assisté à un cours, participé à un séminaire, posé une question, partagé une expérience, recommandé l’école à quelqu’un ou simplement envoyé un petit mot d’encouragement.
Vous faites partie de cette histoire.

Et c’est probablement ce que j’ai le plus envie de vous dire aujourd’hui.
Lorsque nous fêtons les 40 ans du Centre homéopathique du Québec, nous ne fêtons pas simplement l’anniversaire d’une école.
Nous célébrons quarante années de rencontres.
Quarante années de transmission.
Quarante années de curiosité, de découvertes, de remises en question et d’amitiés.
Et surtout, quarante années durant lesquelles des milliers de personnes ont, chacune à leur manière, ajouté une petite pierre au chemin.
Alors aujourd’hui, lorsque je regarde derrière moi, ce que je ressens avant tout, c’est une immense gratitude.
Merci d’avoir été là. Merci d’être encore là.
Et merci à toutes celles et à tous ceux qui ont marché avec nous, parfois pendant quelques pas, parfois pendant des années, sur ce merveilleux chemin.
Quarante ans plus tard, je ne sais toujours pas exactement où il conduit.
Et finalement…
Je crois que c’est très bien ainsi.
Car les plus beaux voyages ne sont peut-être pas ceux dont nous connaissons la destination.
Ce sont ceux qui nous transforment en chemin.
Et puisque l’aventure continue…
voyons ensemble où le prochain pas nous conduira.
Avec toute mon amitié et ma gratitude,
Jean

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